24 Juin – Murmures emmurés 

Écoutez-vous le ronron de la ville ? Vrombissement permanent, entendez-vous le chahut des rues qui coulent ?  C’est un chat qui passe, une voiture qui se gare, un voisin qui râle, un parc qui déborde de rires d’enfants, un klaxon réprobateur, un vélo qui sonette, les plantes urbaines glougloutantes.

Bicho, cariño, mierda, ciudado, hombre, daz, dude, damn, comme-ci comme-ça, voilà, bon appétit, la ville ruisselle de langues étrangères, d’expressions répétées. 

Je n’ai jamais vécu dans une si grande ville si longtemps. Spectacle toujours disponible, théâtre ambulant, je m’extasie et en extase, me prépare à savourer Paris.

Sifflement ou murmure, sussurer l’aventure, j’écoute avec attention la ville m’avertir. Babillage, bourdonnement, ça coule, bafouille, balbutie, bronche et frémit. Ça bredouille, dit et gazouille, le jour permanent a dévoré la nuit. Gémissement, geindre, grognage de tout âge, le sommeil du silence grommelle sa disparition.

Rochonnent les murs, maronnent, soufflent, ronflent les rues, rechignent les réverbères.

Froufrou quotidien, baragouinage régulier, chant de l’habitude ; les égouts grognassent, les trottoirs bougonnent, les poubelles grogonnent, rassurante mélodie incessante de l’air qui remplit l’existence du vide s’il existe encore.

Les balbutiements du traffique sont le coeur de la ville, battant. Frémissement du béton, les travaux baragouinent, le chantier gonde et la grue grognonne sa lenteur rouillée.

Vivre la ville, c’est l’entendre mâchouiller, marmotter, grigotter, écoutez les masses mouvantes comme du sable, grognasser, rognonner, rouspéter, renauder et rouscailler,

L’obscurité comme la lumière, rechigne, ronchonne, râle, maugrée, souffle sa douleur, marmonne et se lamente dans sa lenteur. Ville des possibles.