Rallonge : La condition ouvrière II

Soyez attentif, lorsque vous traversez les zones anciennement industrielles. Regardez leur métamorphose, regardez en passant devant les usines, les manufactures, les tènements, les industries, leur nouveau visage.

Peut-être ont-elles été rasées ? Peut-être qu’une bande d’HLM ont fleuri à leur place ? Une zone pavillonnaire a bourgeonné ? C’est le printemps. L’histoire s’arrête ici.

Mais peut-être que l’histoire continue. À quoi servent les bâtiments ? Un centre commercial ? Une ruine ? Un musée ? Un bar ou un restaurant vintage ? Commerce, culture, oubli ? Ne négligeons pas la violence des lieux.

Imaginez l’ouvrier, s’employant à la tâche. Un jour, plan social et plus d’usine ! Plus de métier. Le suicide augmente de … % pour ces  catégories de la population, le divorce de …%. Faim et froid à la maison. Isolement. Et l’usine, fantôme d’un passé passé à survivre, fait planer l’ombre du doute. Il ne reste plus qu’à voter Front National. Tout va bien.

Traversez le nord de la France, ce cimetière des industries. La violence violente jour et nuit les ouvrières et les ouvriers. Squelette de leur vie passée, elle leur rappelle qu’ils sont devenus inutiles à la société, coincés dans le chômage. Carcasse de brique ou d’acier, elle les domine et les écrase, elle est devenue un fer chaud comme la braise mais reste éteinte. Tout le monde la voit, grande, inutile, elle reflète la nouvelle vie des chômeurs, torturés par la pression sociale. Mais en plus, ils sont frappés des duretés de l’âme humaine. Solitude, tristesse, désespoir et abandon. Cela en aurait été tout autre si leur savoir faire avait été glorifié par un musée, si leurs compétences, souvent relatives à un héritage de lignée, avaient pu se perpétuer, se rendre utile, s’ils n’avaient pas tant souffert et si leur quotidien ne se résumait pas à des aller et venues dans les couloirs de la déchetterie du libre échange. 

C’est ça aussi la condition ouvrière.  

Entre nouvelles habitations vintage et désert industriel, le canal que je longe, le sentier de promenade si emprunté, côtoie l’ancien monde ouvrier, qui ne date pas de si longtemps, mais déjà semble d’antan. 

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