Wd29 M – Hospices de la charité

Partout en Angleterre, on trouve des second hand shops, des charity shop à profusion.

Trois réflexions à leur propos.

1. Magasins : situation anglaise, différence française

Bien plus nombreux au Royaume-Uni qu’en France, présents dans le moindre petit village, il n’y a rien à dire, les charity second hand shops sont présents en nombre de l’autre côté de la Manche. Bien plus que sur le contient. Et mieux repartis.

L’autre différence : le fonctionnement. En France on notera Emmaüs qui aide des chômeurs peu intégrés. Sinon, beaucoup de friperies dans les grandes villes, surtout Paris. En Angleterre, les magasins de ce type sont systématiquement une branche d’une organisation plus large (Marie Curie FoundationOxfam…). Ils servent de rentrée d’argent, gérés uniquement par des bénévoles, les bénéfices sont utilisés pour des causes de charité.

C’est sans doute le nombre qui a obligé le milieu à autant se diversifier. Ainsi, les magasins de la British Heart Foundation sont les plus chers et les plus chics alors que Ages UK propose des articles et une organisation plus sobre. Une ressemblance avec la variété des friperies parisiennes.

Enfin, grande difference franco-anglaise, évidemment, comme les boutiques sont plus nombreuses, les clients aussi. Le second hand est aujourd’hui incontournable pour les Anglais, notamment en matière d’habillage. Il faut dire que tout le monde a une raison de s’y intéresser.

2. Société : situation anglaise, différence française

Mais que cela révèle-t-il vraiment ? Je veux dire, si autant de personnes se rendent dans ces boutiques, si tant de personnes se portent volontaires et si tant de personnes bénéficient de l’aide de ces associations… c’est à croire que ce système de charité est devenu nécessaire. Pourquoi ? Car les personnes n’ont plus le choix. Évidemment, certain.e.s s’y rendent par choix, mais d’autres ne l’ont pas ! À en voir le profile des clients que je côtoie, je vois bien que acheter des habits à prix si bas n’est pas un choix mais la dernière solution qu’il leur reste à la pauvreté. Et la présence même et le succès de ces organisations caritatives… ne prouvent-ils pas leur nécessité ? Notemment pour leurs actions de charité : s’occuper des handicapés, des malades,  des personnes très âgées, des sans-papiers, des sans-abri, de tous les plus démunis et fragiles.

En France, la situation est quand même différente. Oui, il existe Les Restos du Coeur pour ceux qui ont faim, le Secours Populaire, le Secours Catholique, la Fondation Abbé Pierre, la Croix Rouge, mais ce réseau de charité ne s’étend pas dans toute la société avec une telle ampleur et popularité comme en Angleterre. N’est-ce pas là la différence ? Les retraites qui en France permettent encore tout juste de vivre quelque peu dignement ? Les institutions publiques qui encadrent la vie des moins armé.e.s face aux aléas de la vie ?

En France comme en Angleterre, nous remercierons le travail laborieux et actuellement toujours aussi essentiel de ces diverses et variées organisations. Mais là n’est pas la question. La question demeure : est-ce normal ? Est-ce viable ? Est-ce tolérable ? Est-ce normal de voir des personnes s’occuper bénévolement de situations si grave ? Est-ce viable de faire fluctuer ainsi le destin de personnes en détresse sociale à de simples dons de temps et d’argent des personnes ayant moins de problèmes ?  Et surtout, est-ce tolérable que ce soit,  ne nous mentons pas, les presque-pauvres (clients et bénévoles) qui se dévouent aux très-pauvres pendant que les riches se gavent ? N’est-ce pas un problème de société entière ?! Ce n’est donc ni normal, ni viable, ni tolérable, que des organisations bénévoles organisent la vie sociale du pays. Celle-ci doit être accomplie avec des moyens, de l’ampleur, de la reconnaissance : par l’État. Car c’est lui le garant de la paix sociale du pays.

3. Charité-solidarité-fraternité

Deux modèles différents, le français, l’anglais, l’anglais, le français. L’un est-il meilleur ? L’un est-il moins bon ? En quoi ? Pourquoi ?  Partons des mots, qui révèlent deux lectures non seulement différentes par leur vocabulaire, mais deux visions du monde. Êtes-vous plutôt charity-shop ? Ou solidarité fraternelle à la française ?

Quelle est la différence entre ces mots ? Charité ? Selon le dictionnaire Larousse, c’est « l’amour de Dieu et de son prochain, une des vertues chrétiennes, acte de bonté, de générosité envers autrui« . La solidarité ? « Une dépendance mutuelle, sentiment humain, d’un devoir moral envers les autres« . Voilà donc la nuance. L’une est plutôt religieuse, l’autre universaliste, pour l’une il s’agit d’une générosité, donc d’une possibilité (par exemple pour les riches, d’agir en s’achetant une bonne conscience), pour l’autre, il s’agit d’un rapport d’interdépendance, donc d’obligation, car elle marque non seulement qu’une des personnes de ce rapport ne survivrait pas sans, mais l’autre non plus ! La solidarité se traduit comme un lien social élémentaire car non seulement les plus démunis à un moment ne survivraient pas sans, mais ceux qui leur viennent en aide non plus, car la solidarité marque l’identité humaine, le genre humain. La fraternité serait alors cette solidarité à la française, une solidarité qui se veut non négociable et envers tous. Tou.te.s sommes responsables de tout.e.s.

La fraternité par rapport à la charité, un autre échelon de la solidarité ? Et il faudrait laisser répondre V.Hugo « Oui, tous, tant que nous sommes, grands et petits, puissants et méconnus, illustres ou obscurs, dans toutes nos œuvres, bonnes ou mauvaises, quelles qu’elles soient – poèmes, drames, romans, histoire, philosophie –, à la tribune des assemblées comme devant les foules du théâtre, comme dans le recueillement des solitudes, oui pour tout, oui toujours, oui pour combattre les violences, les impostures, oui pour réhabiliter les lapidés et les accablés, oui pour conclure logiquement et marcher droit, oui pour consoler, oui pour secourir, oui pour relever, pour encourager, pour enseigner, oui pour panser en attendant qu’on guérisse, oui pour transformer la charité en fraternité, l’aumône en assistance, la fainéantise en travail, l’oisiveté en utilité, l’iniquité en justice, la populace en peuple, la canaille en nation, les nations en humanité, la guerre en amour, le préjugé en examen, les frontières en soudures, les limites en ouvertures, les ornières en rails, les sacristies en temples, l’instinct du mal en volonté de bien, la vie en droits, les rois en hommes. Oui pour ôter des religions l’enfer, et des sociétés le bagne. Oui pour être frères du misérable, du serf, du fellah, du prolétaire, du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, de l’enchaîné, du sacrifié, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, de l’esclave, du nègre, du condamné et du damné, oui nous sommes tes fils, République !« 

Ce qui me fait penser à une pub au slogan français, dans le métro de Londres, mentionnant le mot fraternité. Le métro est en retard, j’attends. Un père, son fils de moins de dix ans tenu par la main, arrive. Le fils, apprenant à lire, déchiffre la publicité. Il ne sait pas que c’est en français. Il ne comprend pas ce qu’il est en train de lire. Il interroge son père : « Ça veut dire quoi fra-ter-ni-té ? ». Le père se consulte, s’interroge, réfléchit, hésite. Son fils s’impatiente. Finalement son père lui dira raisonnablement que c’est un mot qui n’a pas de traduction exacte en anglais. Le métro arrive deux minutes plus tard.

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