Wed, 30 Nov – Qu’est-ce qui se se cache derrière le barbelé ? – Bilan d’une expérience dans un camp de migrants

Il est l’heure de partir, pour toujours j’espère. Oui, j’espère car plus tard j’aimerai que ces camps n’existent plus; que la solution soit meilleure, que le problème soit réglé. Décemment. On peut toujours rêver, oui, alors c’est ce que je fais !

Sans doute que les posts qui suivront vont paraîtront légers, car ils ne concernent pas des problèmes mondiaux, car ils sont bien moins graves, et même pas graves du tout. Évidemment, ce n’est pas la même chose d’aider un camp de réfugiés, ou d’aider une famille suédoise. Désolé si c’est moins intéressant, je prendrai quand même le même plaisir à vous raconter les aventures. Oui ce sera plus léger, en fait c’est parce que mon blog ne se concentre pas exclusiement sur des affaires graves, mais sur tout ce que je vis au jour le jour. L’engagement politique et les thèmes de l’actualité vont sans doute laisser leur place à des choses plus futiles. Mais vous me connaissez, je ne pourrai pas m’en passer et j’en parsèmerai toujours un peu par-ci, par-là. Si néanmoins la suite vous intéresse moins, vous pouvez toujours consulter le blog moins souvent ou revenir dans un mois ou deux. Pour ceux qui restent, je promets des surprises scandinaves et la magie du grand nord. On fait ça ?

Comme pourtant toute mon expérience n’a pas été abordée à propos du camp de migrants, je vous propose un dernier article à ce propos. Pour faire le bilan, et leur rendre hommage.

                              Qu’est-ce qui se cache derrière le barbelé ? 

                       Bilan d’une expérience dans un camp de migrants.

         Ce qu’il faudra surtout retenir, c’est la rupture, la rupture du monde relativement doux dans lequel nous vivons et dans lequel j’ai grandi. En dépassant les grilles et le portail de fer, vous franchissez le pas, de l’inconnu qui s’ouvre à vous, vous découvrez la vérité, la réalité, comme vous ne l’avez encore jamais vue. Comme un autre monde.

Ici, entre les allées de containeurs-maison, on a installé des tentes vert clair, recouvertes de bâches blanches de l’UNHCR, la branche de l’ONU focalisée sur les réfugié.e.s. Ici on dort donc dans la boue quand il pleut, ou dans les autres eaux sales seulement s’il fait beau. Ici les enfants ne vont pas à l’école. Ici, personne ne veut rester ici. Ici c’est sans avenir, ici ne promet rien. Ici c’est le camping de béton, où chacun détient avec lui tous ses biens -c’est-à-dire presque rien-, où on vit les uns sur les autres, divisés en communautés, et ça c’est vraiment difficile à endurer. Ici il n’y a pas d’intimité. Ici il n’y a pas de vie personnelle. Et pourtant il faut espérer réussir seul ou avec les siens, car tout est mouvant, et que la seule personne que vous soyez-sûrs de retrouver demain comme aujourd’hui, c’est vous. 

Dans le camp certains sont musulmans, d’autres juifs, chrétiens, bouddhistes. Certains viennent d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient. Certains sont ingénieurs, philosophes, maîtres d’école, secrétaires, designeurs. Certains parlent farsi, arabe, pashto, dari, hazaragi, turkmen, balochi, pashayi, d’autres parlent deux langues, trois, quatre ou cinq. Certains migrent seuls, d’autres en famille. Certains sont des migrants économiques, d’autres fuient la guerre, les dictatures, les conflits, les persécutions. 

            Entré, on côtoie ceux qui habitent dans le camp. Oui, on les croise sans les croiser, on fait leur rencontre sans jamais les connaître, on leur parle sans les comprendre. C’est le grand bouleversement, et du peu qu’on voit, on est foudroyé par l’incompréhension.

Pourquoi eux et pas moi ? Pourquoi sont-ils nés dans cette misère ? Pourquoi suis-je né en France ? Il s’en est fallu de rien, et toutes nos vies ont été faites : moi en haut de l’échelle de nos sociétés, eux tout en bas. Sans mérite, sans gloire, sans travail… ironie du sort quand certains viennent après vous venter des valeurs fondées sur leurs constats incorrects : méritocratie, impossible ! égalité des chances, illusoire !

Mis à part cela tout va bien : notre monde s’enrichit, le progrès se propage, le XXIe siècle s’entame, et les 50 enfants qui viennent aux ateliers se partagent toujours le même bout de tissus en guise de balançoire, les jeux se font toujours au milieu des déchets, tous ces cerveaux restent encore intellectuellement peu exploités… les vies s’enlisent dans la boue comme dans un marécage, les files d’attente pour la nourriture chaude et les habits s’allongent – évidemment, c’est l’hiver !-, les bénévoles continuent d’affluer, jambe de bois sociale des états. On devrait quand même remercier nos états: ils sont tout de même venus bâtir le grillage et les murs de béton…

 Floppée de volontaires : la route qui mène au camp est comblée de chaque côtés de voitures de bénévoles pendant au moins 500 mètres.

          Dans le camp, la vérité vous prend à parti, vous demande de revoir votre vision des choses qui déjà, appartient au passé. Témoin impuissant d’une fatale tragédie. Fatale car vous êtes impuissants, tragédie car vous ne pouvez en être que témoin. Que témoin ? C’est pas sûr. Et si on agissait ? Comme on peut, comme on veut, bien sûr c’est l’intention qui compte, mais sans résultat, combien de vies sont-elles donc condamnées ?

Agir pour la conscience, par devoir d’humanité. Je crois que c’est ce qui m’a poussé à travailler dans le camp. Ah oui, la honte aussi. La honte d’être français. La honte de porter tout haut des idéaux mangnifiques et de fermer les yeux devant l’obscurité, de fermer sa porte devant le froid. Qu’est-ce qui se passe, enfin, pour que le pays des droits de l’Homme, le pays de la République laïque, universelle et indivisible, garde à ce point l’atroce éloquence de tourner le dos aux problèmes du monde -dont il a d’ailleurs, rien n’est assez pire, une responsabilité !. J’ai donc agi pour mon pays. Car si à l’internationale on se moque des étasuniens pour leur président, c’est vrai qu’on ne condamne pas la France pour son inaction migratoire malgré l’image qu’elle se donne. Oui, malgré cela on ne se moque pas de la France, car la désillusion m’a été brutale : si la France est aujourd’hui le pays des Lumières et des Droits de l’Homme… ce n’est plus qu’à ses yeux et à ceux de ses partisans…

Comment agir ? Aider le fonctionnement du camp, du transfert des habits jusqu’à leur distribution, jouer avec les enfants, prendre avec regret le rôle de parent éphémère, car tous les parents aimeraient jouer avec leurs enfants, mais tous les parents ne le peuvent pas. Donner les cours de français et d’anglais. Servir le thé, le café, le soir aux adultes. C’est ce que je préfère. La carafe bouillonnante remplie à ras-bord, les manches déjà brûlantes de café renversé par les secousses, au milieu d’une foule munie d’un gobelet, emporté par les flaques de marée humaine, transporté entre les supplications déclinées en toutes les langues possibles, je sers le liquide, brûlant et sucré, qui réchauffe les lèvres et trace les sourire. Mercredi, vendredi et dimanche soir.

L’aide s’arrête-t-elle quand on part du camp ? Redevient-on l’inconscient.e citoyen.ne qu’on était avant l’heure ? Déjà au moins on a la conscience. Et l’impuissance ? S’engager un France ? Il y a aussi des camps. Mais voilà l’enseignement majeur de toute mon expérience : oui, les bénévoles sont es-sen-tiels, malheureusement, je ne crois pas qu’ils représentent une réelle solution sur le long terme. D’abord, car on n’est jamais certain d’avoir toujours autant de bénévoles que nécessaire, également parce que si le bénévolat est extrêmement utile pour les actions qu’il mène aujourd’hui sur le terrain, il y a d’autres choses sur lequel il est impuissant : législations, autorisations, permis… il n’a presque aucun pouvoir -sinon le lobbying- sur ce qui aiderait fondamentalement les migrants en leur permettant d’entrevoir l’avenir.

      Alors voilà ce que je vous propose : il faut s’emparer du pouvoir pour le rendre à ceulles à qui il revient, le peuple, et faire règner à nouveau grâce à lui les valeurs humanistes de la France universelle pour remettre l’Humain au centre de toutes nos décisions, et bâtir tou.te.s ensemble ce monde en commun auquel nous aspirons.

Pour ne pas finir sur cette note d’emphase -et pour proposer une solution concrète ;)- je vous propose de regarder cette vidéo.

CLIQUEZ ICI

Pour vous avertir : le tribun qui évoque l’immigration propose à mes yeux de réelles solutions. Toutefois permettez-moi de corriger un ou deux raccourcis qu’il fait, et qui peuvent être assimilés à de la démagogie :

1) non tous les Syriens ne sont pas majoritairement ceux désireux de se rendre en Angleterre,

2) non tous les migrants ne fuient pas tous la guerre, il y a aussi de l’immigration économique, mais ils fuient bien sûr par contre tous la misère économique et/ou sociale. 

Voilà ! Je n’ai pas vu d’autres erreurs dans le discours, le reste me paraît très pertinent ! Et vous ?
Pour finir avec ce chapitre sur les migrants, je voudrais enfin vous demander à vous-même et à vous même de demander à vos ami.es/famille/connaissances de rejoindre la France Insoumise pour 2017.

Car écoutez-moi, c’est bien là (focalisons nous seulement sur les thèmes que abordés avec les migrants) le programme immigratoire réaliste pour un avenir de paix qui a le plus de chances de l’emporter aux présidentielles.

Je ne vous demande pas de vous démener. Je ne vous demande pas de faire cela pour moi : je n’ai aucune action dans la France Insoumise, pas d’argent à gagner, pas de sous à fructifier… Je vous le demande avec une honnêteté totale, pour tous les migrant.e.s que j’ai croisé, qu’ils m’aient fait pleurer devant leur avenir inexistant ou non. Ne le faites pas pour moi, ne le faites pas (que) pour vous, je vous en supplie, faites le juste au moins pour ces millions de personnes qui pourraient voir dans cette victoire une lueur dans leur vie. Juste une lueur d’espoir qui pour certains est en train de s’éteindre. N’oublions jamais que ces gens, cela pourrait être nous.

Ne fermons jamais nos coeurs pour réfléchir. Mais ne laissons jamais la raison pour trouver nos solutions. Parmi tous les programmes que j’ai lus sur l’immigration, celui de la France Insoumise est le plus proche de ce que j’ai vécu sur place. Et le plus probable de gagner au second tour en 2017.

Signer pour soutenir la France Insoumise : http://www.jlm2017.fr/

Rejoindre les Insoumis.es près de chez soit : http://www.jlm2017.fr/

J’ai également écrit un article sur l’immigration dans RadioLondres, le voilà : http://radio-londres.fr/2016/12/accueil-des-migrants-a-t-on-le-choix/

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