Sat, 26 Nov – Migrants et la mer

Vous ai-je déjà parlé des migrants au bord du port ?

Adultes et enfants, longent la marina, impatients. 

Pendus au bout d’une ligne, ils attendant, de l’autre, venir les poissons. 

Il faut bien préciser qu’il s’agit d’une simple ligne et non d’une canne à pêche, car ce n’est littéralement qu’un fil, vert et épais, au bout duquel, plongé dans l’eau verte, on trouve un hameçon. 

J’imagine pourtant que cela doit être fructueux car jamais ils ne s’arrêtent, tous les jours ils continuent. 

À moins que ce ne soit comme avec leur espérance, une attente interrompue, ou la marque du désespoir, comme si c’était la dernière des choses à faire en espérant.

Le long du port et de la côte, les migrants peuplent aussi les plages, lorsqu’il fait beau a minima. Ils n’ont rien pour se baigner, alors vont dans l’eau tout habillés, et parfois ils m’invitent plus tôt, si je les ai croisés plus tôt dans la journée.

Ils veulent toujours savoir comment je vais, et je leur ments tout le temps quand ils me demandent pourquoi je pars bientôt. J’ai honte. Quoi que je leur dise, comme c’est forcément plus prometteur que de rester coincé sur une île en attendant rien, ils me félicitent. « Bravo ! Bravo ! C’est bien, c’est bien« .

Je crois qu’ils aiment bien me parler car ça leur fait pratiquer leur français. Ce sont souvent des hommes qui m’adressent la parole, des pères, des grands-pères et des grands frères. Souvent entre 30 et 60 ans. Maintenant je leur ment aussi sur mon âge, car j’ai honte. Pourquoi moi et pas eux ? Ils sont toujours heureux que je leur raconte mon départ, car ils s’imaginent certainement le leur. Potentiel départ hypothétique.

Ils me posent des questions bêtes mais sincèrement pleine intérêt. « Comment tu pars ? » « Tu peux me mettre dans tes bagages » « Tu peux de me prendre dans l’avion ? » à quoi s’attendent-ils ? En tous cas je ne sais jamais quoi répondre. La suite est toujours teintée de larmes et trop dure à raconter. Les yeux toujours secs, je les rejoins quand même à la plage le jour suivant.

Juste derrière nous, et les enfants dans l’eau, habillés, l’inquiétude de l’absence d’avenir s’efface, laisse place aux hôtels qui dominent la baie.

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