Sat, September 10 – Repos, bonheur et liberté

Samos restera pour moi, j’en suis certain, l’île de l’apprentissage. Evidemment, car j’y aurai vécu de nombreuses « premières fois » : instants magiques, expériences nouvelles, initiations mémorables. J’en ai déjà d’ailleurs assurément vécu. Dans ces moments là alors, on repousse toujours un peu plus ce qui était jusque là nos limites. Plus loin, plus haut, plus fort, plus courageux ; de nouvelles découvertes.

Mais Samos restera aussi l’île de l’érudition, car à Archipalgos c’est vraisemblablement l’activité à laquelle on s’adonne le plus. Puisqu’on mange, qu’on boit, puisqu’on dort à volonté, puisqu’on est sur une île dans un environnement propice, on passe notre temps à apprendre. Tout est apprentissage. Ne serait-ce que lorsqu’il s’agit de s’exprimer ! Sans doute, le fait que tout me soit étranger, que je me retrouve au milieu de personnes plus âgées, qualifiées dans un domaine qui m’est inconnu, tout cela joue certainement dans ma découverte de tout. Mais quand même. 

Enfin, Samos est l’île d’exploration des sentiments et des émotions ; je n’ai jamais vécu rien de tel. Pas de stress, pas d’obligations, pas de contraintes imposées. C’est tout-à-fait nouveau. Je ne me souviens jamais avoir vécu un temps si heureux ; voir son avenir proche, les jours qui viennent, comme une page blanche. Toute blanche. Et j’ai dans ma main le crayon. Et les jours d’après aussi ; tout blanc. Cela pourrait effrayer. Pourtant, ça me permet tous les soirs de m’endormir comme jamais je ne l’ai vraiment fait ; la tête vide. Légère. Complètement heureux. 

Ce sont alors des moments de pur bonheur. Je ne me souviens jamais avoir vécu une joie si intense. Parce que tout est dictée par l’envie. Avant la bagnade par exemple. Se mettre sur un rocher, écueil du rivage, se hisser sur le bout des pieds, et avant de plonger ; penser. Penser à ce qu’on veut, à ce qui nous plaît. Penser à la fraîcheure de l’eau, au doux tissu de la serviette de bain qui nous sèchera, puis au goût du repas qui viendra après. Ou ne pas penser du tout. Penser à plus tard ; planifier, ou ne pas planifier du tout. Attendre, juste attendre, que tout vienne à nous. C’est un bonheur indescritptible. Je crois que seuls les SDF qui le sont par conviction connaissent ce bonheur. On pourraît appeller ça la joie détachée car compte réellement que ce dont nous avons envie. Ou le bonheur totale. Oui, ça sonne bien, du pur bonheur. Est-il permit d’être si heureux ?

Si on veut aller au bout des choses ; je crois que ce bonheur coïncide avec la découverte de la vie adulte. Il faut comprendre « adulte » comme « indépendant », « qui s’oppose à l’âge de l’enfance ». En fait, plus précisément, je crois que ce n’est pas une coïncidence. C’est tout à fait lié. Ce bonheur, en fait, c’est de la liberté. Liberté de tout. Libre de tous ses choix. Libre arbitre. Liberté d’apprendre. Ironie : tout ce qu’on a apprit aussi paraît libre ; tout se mélange. En anglais, sweep devient steep avec speed et speek ou seem se transforme en sleep et sheep en sweeze. Tout ça n’a pas de sens. Pourtant ça signifie quelque chose, dans ma méoire, qui vient de la mer ; quand on part observer les fonds marins. Alors tous les noms anglais, latins et grecs des poissons de tous les diaporamas d’Archipelagos se mélengent. Diplodus, chromis chromis, Seabream, White seabream, two-banded, Belongidae, Sparidae, Painted comber, Sarpa salpa… En fait c’est comme si on était libre comme tous ces mots, et qu’on avait pas plus de sens qu’eux, non plus. Eux qu’on a créé. Absurdément. Ou libre comme la timide dernière lumière solaire qui s’échappe comme elle peut des sommets de la montagne. Je la trouve si délicieuse. Délicieusement libre. Elle coule le long des arbres, des rochers ; se répend en torrent dans les moindres recoins ; asperge la moindre présence qui lui fait face. Indolente. Elle suinte sur tous les bords de toutes les choses, glisse jusqu’au dernier centimètre exposé à ses rayons. Et dans une formidable cascade de flammes, comme pour un bouquet finale, dorée, elle engloutit d’abord tout avant de laisser sa place à l’obsucurité. Mais là encore ; elle se fait attendre, dégouline sur les pierres grises et rouges, sur les troncs, elle ruisselle sur le feuillage et docilement, doucement, elle qui coulait à flot sur la plage et sur les murs du bâtiment, elle s’évapore, se vaporise et disparaît ; libre. Libre comme les courants de lumières. Est-il permit d’être aussi libre ? 

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