Thu, September 1 – Là où mènent les économies sur la santé

      Avant toute chose, il m’est simplement important de préciser à quiconque serait découragé par le titre polémique de l’article, que celui-ci a bien tout à fait rapport avec ma découverte de la société grecque, et que sans prendre parti, je ne fais que raconter ici, ce que j’ai appris, vu et vécu. Et si alors il se dessine alors des liens avec la situation en France… il ne faudra pas y voir une mise en parallèle préméditée.

     Pour avoir passé -déjà !- deux semaines sur Samos, je crois qu’on puit dire que l’ensemble des membres d’Archipelagos  -nous parlons ici des cadres- a largement fini ses études et exerce aujourd’hui un métier à temps complet ou au moins à mi-temps dans l’association : directrice de recherches, superviseur d’équipe, océanologue, géographe… Bien sûr, tous les adultes de l’association ne sont pas uniquement des scientifiques et on compte dans l’équipe des cuisiniers, des secrétaires, et à ce que je me souvienne, il y a aussi des étudiants. Ζωή (Zoï) par exemple ; sa mère et sa grand-mère sont aux fournaux matins, midis et soirs, alors elle vit et passe son temps -seule- à l’hôtel, où j’ai déjà eu l’occassion de discuter avec elle. C’est une résidente annuelle de l’île ; elle attend d’avoir fini ses études à Vathi pour quitter Samos et jusque-là, elles vivent ici, entre femmes de trois générations différentes. Enfin, par « vivre », il faut entendre « survivre » car on fait comme on peut en temps de crise, lorsque l’état abandonne ses fonctions régaliennes. Alors forcément, comme le système de santé se dégrade, quand on est malade, on attend toujours un peu plus avant d’aller se soigner, voir si la maladie ne peut pas passer seule.

Cela pourrait rester très -trop ?- exotique pour ceux qui ne le vivent pas alors laissez moi simplement y ajouter quelques  chiffres :

 »            Ce n’est plus un scoop : le système sanitaire grec est progressivement ramené à celui d’un pays du tiers monde, les ONG caritatives prenant le relais d’un réseau hospitalier mis à mal par 40% de restrictions budgétaires, privé de médicaments, pansements, matériel chirurgical. 25 à 30% des personnes qui se présentent dans les hôpitaux sont refusées. Parallèlement, on observe en un an une augmentation de 30% des usages d’héroïne, 54% des infections par le VIH, 45% du taux de suicides. Rendez-nous nos médecins seraient tentés de dire les Grecs, mais avec 12.000 comme salaire annuel, pas étonnant que leur présence sur le territoire aie chutée de 55%. Et cette tendance s’inscrit sur le temps long car on relevait déjà une augmentation de 21% du taux de morts-nés et de 40% de mortalité infantile entre 2008 et 2011      

« 

http://www.cadtm.org/Ce-que-l-austerite-a-fait-au 

     Et un des problèmes, c’est que parfois on attend trop. Et depuis ce matin, il n’y a plus de cusinières à la base ; la grand-mère de Ζωή a attendu trop longtemps et en urgence, à l’aube, sa mère l’a emmenée à l’hôpital de Vathi. En voiture, forcément, car quand il n’y a pas de sous pour les médicaments, il n’y en n’a pas non plus pour l’ambulance. Depuis, pas de nouvelles. Alors Ζωή cuisine pour cinquante. En attendant. Elle a 19 ans, plus d’hommes dans sa famille, une grand-mère âgée, une mère fatiguée. Et si elles ne se retrouvaient plus que deux ? Non, il ne faut pas y penser. De toute façon elle n’a pas voulu évoquer le moindre nom de maladie ; elle ne veut qu’espèrer. Elle ne peut qu’espèrer. 
Le soir tombe et trahi ses inquiétudes. Sa grand-mère est hôspitalisée pour deux semaines. Et à cette date, en fonction de sa santé -et de ses moyens financiers-, elle sera transférée ou non l’hôpital d’Athènes. D’ici là, la mère restera à son chevet et Ζωή va devoir travailler. Oui la rentrée scolaire grecque débute aussi le 1er septembre. Oui cuisiner seule deux repas par jour pour cinquante personnes et s’occuper en plus de la cuisine c’est beaucoup trop. Oui lorsqu’on a que 19 ans ce n’est pas notre place. Oui lorsqu’en plus on débute une année d’études cruciale c’est encore moins adapté. Et non personne ne peut rien y faire et non peronne n’y fera rien. Peut-être que les Grec.que.s sont habitué.e.s à présent ? Peut-être qu’ils et elles ont eux aussi leurs propres soucis ? Alors on fait comme on peut on s’adapte, et lorsque quelqu’un a un peu de temps, il donne un coup de main en cuisine. Et quand je passe au self à midi, je me demande « Pourquoi elle ? Pourquoi Zoi ? ». Ici on est tous étudiants, ici, elle est une des plus jeunes… mais c’est elle qui travaille ainsi. Pourquoi ? Parce que elle est née dans cette famille là. Et parce que tout le pays doit faire des économies et aussi des économies sur la santé. Pourquoi ? Parce que la Grèce est endettée. Parce que l’argent a mal été gérée. Parce que l’Europe impose alors une politique d’austérité. Mais elle y peut quoi, elle, dans tout ça ?
Et si ici tout le monde paraît aussi indifférent, c’est sans doute aussi parce qu’on ne se souvient plus qu’on peut faire autrement. Parce que les choses sont venues vite et doucement à la fois et qu’on ne les a pas vu arriver. Alors que dire lorsqu’en France le coût d’un honoraire de médecin généraliste va passer de 23 à 25euros ? Rien sans doute, on se dira « ce n’est que deux euros ». Mais où nous mènent les économies sur la santé ?

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