Sun, August 28 – L’olivier

Le dimanche est toujours aussi silencieux. Dès 7heures, les cigales se mettent à chanter, signe que la barre des 25 degrés est dépassée. Toutefois, leur concerto estival s’arrête bien vite,  et j’ai décidé de croire que c’était parce qu’à partir de 10heures, il faisait trop chaud. 

Il n’empêche que je suis réveillé. Et la lenteur dominicale insulaire s’écoule alors dans notre vallon de quiétude. Quelle atmosphère ardue à décrire ! Le ventilateur vrombit incessamment dans le dortoir -ce que je déteste toujours autant comme perdition d’énergie mais les guys de la chambre ne semblent jamais préoccupés à l’éteindre. Sur les galets qui descendent à la plage, je ressens toujours sur ma langue les stigmates des brûlures de thé noir que je viens de boire à la base avant de partir. Portées par le vent, les vagues se lancent en contrebas sur les rochers sculptés du rivage. Et ce vent qui balaye l’île fait frisonner mes dreads presque déjà décolorées par le soleil trop présent. 

Ces jours-là, le plus beau spectacle encore, reste les oliviers. Lorsqu’on se hisse sur le toit-terrasse de béton de la base, il arrive de les voir frémir, tous ensemble -ou plutôt chacun à son rythme mais tous en harmonie. Comme si les pans des collines entières et des vallons -car ils en sont recouvert.e.s- bruissaient ensemble dans un immense spectacle. Ce qu’il y a de si extraordinaire chez les oliviers, ce sont leurs feuilles ; d’un côté à mi-chemin entre le vert sauge et le vert impérial, leur autre face se méprend à un vert bien plus pâle, presque un vert d’eau. De cette sorte, les feuillage au vent me font à chaque fois l’impression d’écailles de dragon ou d’un long serpent, venu se dorer au soleil. Et qui s’allonge dans tous les sens comme pour trouver la bonne façon de s’endormir.
Lorsque le soir approche, je fais du stop avec Keara et Mela, une Etasunienne et une Allemande, jusque Vathi. C’est la ville capitale de l’île, nichée au fond d’une baie aménagée en un port. Son imposante statue de lion, symbole de la révolution passée contre l’occupation turque, débute la balade des quais et fait la fierté des citadins.

Quelque peu cupabilisant, mais non sans plaisir, j’ai alors accepté de nous arrêter dans une petite ταβέρνα, ce que nous appellerons plus justement une taverne pour goûter aux saveurs de la cité exotique, et pour fêter -ou plus exactement célébrer- le départ prochain de Keara.

Malgré son charme des plus certains, le port de Vathi, comme de nombreux lieux ici, peine à marier les mondes qui le composent : le tourisme et la pêche vivrière ; le spectacle et la tradition ; le temps court et le temps long.

Ce soir-là en particulier, nous avons eu du mal à rentrer en stop, chose que nous ne sommes parvenus à faire qu’après avoir parcouru à pied 4 des 17 kilomètres escarpés qui séparent Vathi de la base d’Archipelagos.

Mais le temps est doux ; le ciel étoilé et l’air frais du soir plein de mystères sauvages donnent envie d’y être invité.

2 réflexions sur “Sun, August 28 – L’olivier

    1. TIM

      Quel joli hasard ! Et merci pour ces pensées ! Ici, si loin, on oublie un peu tout de la France, on est un peu dépassé par les événements. Un dépaysement -voilà le juste mot- qui nous fait même omettre les choses les plus sincères, comme répondre aux messages bienveillants. Heureusement, les émotions à leur lecture restent bien là, elles.
      Tim

      J'aime

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