Sat, August 27 – La lagune

À quelques mètres de la base, il y a la plage. Si l’on poursuit plus loin, il y en a une autre. Plus loin encore, une nouvelle. Et ainsi de suite ; je crois que la totalité des côtes de Samos-sud est faite d’une suite de bandes de galets, de sable et de rocailles qui semblent se courir après. D’ailleurs, lorsqu’on monte sur le toit-terrasse de l’observatoire, on distingue à l’horizon une ligne blanche-grise continue tout le long des rivages de l’île.  

Lorsqu’il fait trop chaud pour rester à l’hôtel, ou quand l’envie nous en prend, je descends à l’une d’entre elle avec Fabian et Gunnor, les deux néerlandais. Je trouve l’eau toujours trop fraîche et le vent toujours trop fort. Mais c’est la plage que je préfère. Les couleurs sont certes bien plus ternes, moins vivantes et aussi plus ténébreuses qu’une plage de carte postale, mais ce sont de vraies couleurs sauvages. Le vert par exemple ; on trouve le long de la plage tous les tons qu’il soit. Vert amande, vert empire, vert sinople, vert céladon, vert opaline, vert olive, vert avocat, vert bouteille, vert malachite et vert sapin : le feuillage des oliviers, des albizia, la mousse et les lichens sur l’écorce, au fond de l’eau, les algues marines innombrables et variés, et quelques tessons de verre polis par l’océan et le vent. Ajoutez à cela une touche de bleu, le bleu des vagues agitées, celui des profondeurs, celui du ciel et de l’horizon et le brun des rochers du rivage et des fonds, le brun des troncs d’arbres sur la plage. Et quelques empreintes de blanc. L’écume d’abord,  portée par le vent. Et un peu de nuages parsemés dans le ciel. Non, aucun nuage en fait. Mais l’église, oui l’église, quelle belle chapelle ! ; reluisant de blanc et fière de sa coupole bleu majorelle estompé, elle domine la crique sur son amas de rochers. 

On nage souvent deux heures, trois parfois. Et ça me rend heureux d’être sur cette plage coupé-e du temps. Les poissons sont énormes, comme si quelqu’un avait oublié de venir les personnages péchers. Certains sont ronds, allongés, ovales, rayés, ils sont rapides et portés par le courant : même avec les palmes, on leur paraît affreusement lent. Mais cela nous laisse le temps d’admirer. Sur notre passage,  les poissons se pressent pour les algues que les coups de palmes arrachent innocentement des rochers. Ce ui me rends encore plus joyeux, c’est quand on déniché un poulpe caché sous les rochers. Parfois même il nage. Et alors c’est une joie toute à fait candide car elle me fait oublier le froid et beaucoup d’autres choses.

Hier soir sur les galets, à l’ombre des oliviers argentés et de la chapelle, une femme aux seins nus s’endormait. Apaisée. Et je me suis sentit plus heureux encore. Heureux que cette plage ne se trouve pas en France et que cette quiétude ne soit pas menacée par les polémiques de burkini. Et je me suis sentit triste aussi. Triste de penser que la France perdait son temps à se diviser et oublier de parler de vrais sujets.

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