Billet de Lecture (1) – Le Jardin d’Eden, E. Hemigway 

                                                                                             INCIPIT
     « Ils séjournait alors au Grau-du Roi et l’hôtel se trouvait en bordure d’un canal qui, des remparts de la vieille ville d’Aigues-Mortes, filait droit jusqu’à la mer. Ils sdistinguaient les tours d’Aigues-Mortes au fond de la pleine rase de Camargue où, presque chaque jour, ils se promenaient en vélo sur une petite route blanche qui longeait le canal. Le soir et le matin, à l’heure où la marée montait, les bars affluaient et ils voyaient alors les mulets faire des bonds affolés pour échapper aux bars et regardaient l’eau se gonfler de remous lorsque les bars attaquent. »

C’est une histoire d’amour dévorant.

     Il faut ici entendre par l’adjectif : « destructeur », « suicidaire », « envoûtant », « dévastateur » ou tout cela à la fois sans doute -ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le personnage masculin surnomme l’objet de son amour « Démon »-. Alors on se dira que l’intrigue aurait de quoi faire peur, si elle n’était pas continuellement construite autour d’une routine, faite de baignades, de verres de wisky, de champagne et de Perrier-Jouët. Mais n’est-ce pas là l’univers de l’auteur ? Et comme à son habitude, on retrouve dans le protagoniste, les traces d’une étrange existence, qui, se reflètant dans un miroir, rappelle sa propre vie : l’écriture, l’amour, la France, la guerre, l’Afrique…

Le Jardin d’Eden est toutefois bien plus que tout cela réuni. Et comme le dit si justement Michel Mohrt dans la préface : « le lecteur qui lirait les scènes de bains de mer (il y en a presque à  chaque page) et de repas, sans rien voir plus loin, ne comprendrait rien à ce roman et serait vite déçu. C’est ce qui n’est pas dit qui est important. Jamais, peut-être, Hemigway n’a poussé aussi loin l’art de l’understatement ». En d’autres termes, ce roman est sans doute pour moi une des meilleures tentative d’expérience, teintée d’éléments biographiques, dont le but est de savoir jusqu’où l’amour sert la création artistique -en l’occurrence ici la littérature-. Et ce questionnement, induit ainsi indubitablement, l’existence d’une limite, d’un seuil maximal de connivence. Mais en dire davantage serait dévoiler alors le coeur même de l’oeuvre. Et il nous faut nous arrêter ici. Et laisser découvrir au lecteur l’amour étranger de Catherine -ah ! Catherine ; encore et toujours elle- et de David, et de même les limites qui s’illustrent de l’amour et de ses dérives.
Et que conseiller de la lecture ? Découvrir Hemigway par cet ouvrage n’apparaît probablement pas le meilleur chemin à suivre -et pourquoi ne pas y préférer L’Adieu aux Armes ou Le Vieil Homme et la Mer qui lui valut le prix de Nobel de Littérature (1954)-. Et ce, certainement parce que ce n’est pas une lecture heureuse ; elle rend morose, nostalgique presque, d’un temps que l’on ne connaît pourtant pas. Peut-être une nostalgie des moments d’innocence vécus par les personnages qui deviennent si vite conscient, obnubilés par leur amour et leurs propres intérêts, jusqu’aux frontières de ce qui pourrait être considéré de maladif. Voilà d’ailleurs une seconde raison de ne pas aller à la rencontre -car la biographie qui s’exquisse transforme le roman ainsi- de l’auteur de cette façon ; c’est un roman qui dérange. Et qui démange. Et cette démangeaison commence par le non-respect par les personnages des normes, des règles sociales et des valeurs que nous admettons. Le décor qui se dressait jusque-là ; un couple d’étasuniens en vacances sur la Côte d’Azur éperdu dans des désirs mutuels, tombe alors, et laisse place à une guerre issue de l’amour. Une guerre pas franchement déclarée qui nous fait croire à un changement total -le roman se divise d’ailleurs en cinq livres- tout en restant dans le même cadre doré, et qui les plonge pourtant dans le désespoir, les poussant à se dévorer malgré-eux. 

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